Notre accent nous nuit-il?

En lisant le billet quotidien du gourou marketing Seth Godin, j’ai eu un petit malaise ce matin. Il traite des accents. Comme dans cet extrait, il décrit ce qu’il entend par accent qu’il soit parlé ou écrit.

Not only the way you speak—but the way you write and act. More than geography, accents now represent a choice of attitude.

Let’s define an accent as the way someone speaks (writes, acts) that’s different from the way I do it. So, if I’m from Liverpool and you’re from Texas, you have an accent, I don’t.

Occasionally, an accent is a marketing advantage. Sounding like Sean Connery might be seen as charming in a New York singles’ bar, or sounding like a Harvard man might help a neurologist in Miami Beach.

Je comprends très bien qu’il parle des accents « marketing » ou des différents angles que nous pouvons donner à nos messages pour créer une différence mais, je ne peux m’empêcher de penser aux accents « québécois » dans le paysage d’affaires nord américain. Le passage qui m’a fait titiller est celui-ci:

Generally, though, if I think you’ve got an accent, it’s more difficult to trust you.

Seth Godin ne fait aucunement référence à l’accent québécois dans son billet et c’est ce qui le rend si percutant à mes yeux. En gros son discours se résume à ceci:

  • Perception d’un accent= exotique=différence= crédibilité+ confiance affectés négativement

Il décrit un comportement humain tout à fait naturel. La différence est souvent difficile à supporter. Imaginez, le New Yorkais trouve que le Texan a un accent et ils sont tous deux citoyens américains. Le trust factor du New Yorkais face au Texan est affecté et vice versa à cause de cela. Le québécois a l’air tout droit sorti d’un autre continent dans ce contexte! (j’exagère à peine.)

Après avoir oeuvré pendant plus de 12 ans au sein de PMEs ayant pour marché l’Amérique du Nord, force est d’admettre que Seth Godin est assez représentatif de l’homme d’affaires nord-américain moyen.

Même s’il y a des milliers d’entrepreneurs québécois et dirigeants de PMEs baragouinant l’anglais qui ont réussi à faire leur place aux USA, il en demeure pas moins que beaucoup d’entre eux sont partis désavantagés par rapport à leurs concurrents qui « sonnaient » mieux au oreilles des prospects américains ou anglo-canadiens. C’est tout à leur honneur car ils ont surmonté cet obstacle.

Même si nos propos sont tout à fait rationnels et remplis de bon sens, que notre offre produits est concurrentielle, que notre service est supérieur à la moyenne, notre accent québécois, lorsque nous parlons anglais, vient affecter le niveau de confiance que les gens nous accorde. Je sais que ce n’est pas rationnel et que c’est ridicule mais je l’ai expérimenté de nombreuses fois. Ce n’est pas que mon accent soit si épouvantable mais que voulez-vous, les francophones qui ont appris l’anglais ailleurs qu’à la maison via les cours d’anglais du Ministère de l’Éducation ont souvent un accent. Une faible minorité ont cette capacité à switcher de l’anglais au francais ou du francais à l’anglais sans que ca paraisse.

Heureusement, plus souvent qu’autrement, j’ai l’impression que le côté européen ou exotique de la langue francaise dans notre bilinguisme nord-américain nous permet de nous distinguer et de créer un élément distinctif qui laisse sa marque et fait oublier les aspects agacants d’un accent franco pour un anglo.

Et vous, dans votre pratique, votre accent vous nuit-il?

 

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22 réflexions au sujet de « Notre accent nous nuit-il? »

  1. D’excellents points, Etienne. Franchement, je préfère ta discussion sur ce sujet à celle de Godin (pas d’offense à lui). Les accents peuvent certainement dévoiler son héritage, et même ethnicité, dans certains cas.

    Je pense que les américains admirent les accents de certains groupes – comme l’accent français (et québécois) et aiment moins les autres (comme le Middle Eastern?). Et je suis d’accord avec toi: Même notre style d’écriture a un « accent. » Article informatif!

    • Merci de ton commentaire Samantha,
      C’est vraiment un plaisir de te lire ici. Godin demeure une référence marketing incontournable pour moi mais que tu me dises que tu préfères ma discussion à la sienne me fait un petit velours, surtout venant d’une New Yorkaise cosmopolite comme toi!

      C’est vrai que l’accent québécois (ou francais) peut être charmant ou cool aux oreilles de certains américains mais dans un contexte d’affaires, ca peut devenir « annoying » et le niveau de tolérance face aux hésitations, mauvais choix de mots, mauvaise conjuguaison, etc est variable d’un individu à un autre.

      Personnellement, j’adore tous les accents américains même ceux du Mid West ou ceux du sud!

  2. Mon accent ne me nuit pas puisque j’en n’ai pas simplement. Si je parle anglais il y a autant de mots français qu’anglais qui sortent de ma bouche. Morale de cette histoire…je ne fais pas d’affaire au States ni au Québec à bien y penser….Rires

    En fait je voulais juste dire que j’aime ton article et te souhaiter une bonne soirée!

    Denise

  3. Ping : Tweets that mention Notre accent nous nuit-il? « Etienne Chabot's Blog -- Topsy.com

  4. Bien sûr que notre accent nous nuit. J’ai lu à quelques reprises que les francophones québécois ont l’air d’avoir perdu 30 points de QI lorsqu’ils parlent français.
    Les immigrants font face au même problème en parlant français.

    En passant, si les accents t’intéressent, je te suggère de ne pas manquer le reportage de jeudi à RDI (20h) sur l’éloge du chiac. Ces gens du Nouveau-Brunswick mélangent l’anglais et le français, mais ne s’expriment bien dans aucune des 2 langues.
    Je me demande si leur accent leur nuit ?

    • @ Jean-Francois
      Très intéressant ton argument sur le minus 30 point de QI. C’est souvent l’impression que j’ai eu et c’est parfois la perception que j’essaie de combattre en tentant de prêter attention à un anglophone ou autre qui fait de gros efforts pour s’exprimer en francais.

      J’ai étudié avec plusieurs personnes qui venaient du NB et qui parlait brayon ou chiac et tu as raison, ils étaient défavorisés à l’Université car ils avaient de la difficulté à exprimer leurs idées avec clarté en francais. donc, selon moi leur accent leur nuit mais comme les québécois aux USA, ce n’est pas insurmontable comme obstacle.

  5. Ping : uberVU - social comments

  6. Salut Étienne,
    J’ai eu le même malaise que toi quand j’ai lu le billet de Godin hier, même si mon expérience va dans le même sens. Par contre, après avoir vécu quelques années aux USA et maintenant dans l’ouest Canadien, je dois admettre que la perception des accents est différente des deux côtés de la frontière. D’un côté, les Américains que j’ai eu à cotoyer par affaire m’ont majoritairement semblés passer à côté des accents, ou même de les trouver exotique, en autant que tu leur prouve rapidement que tu sais de quoi tu parles, que tu es crédible, que tu leur apporte quelque chose. Par contre, mon expérience est que les Canadiens sont souvent plus intransigeants face aux accents et ont parfois tendance à juger les gens rapidement en fonction de leur accent. Je dis « Canadiens » car cela s’applique autant au sujet d’un Québécois qui écoute un anglophone parler en francais que le contraîre. Un autre exemple des deux solitudes Canadienne…

    • Merci de ton commentaire Jean.
      Tu as raison, aux USA la business prime sur l’accent mais encore faut-il que tu sois capable de te rendre au stade de crédibilité voulu, tout dépendant des régions, ca peut prendre un certain temps. Au Canada, tu as tout à fait raison qu’il y a une certaine force d’intolérance face aux accents de part et d’autre. En effet,beaucoup de Québécois unilingues francophones jugent très rapidement un anglophone qui s’enfarge en francais alors qu’eux mêmes ne sont pas capable de s’exprimer en anglais. On a qu’à regarder à quel point les politiciens anglophones font rire d’eux lorsque leur francais ne coule pas parfaitement alors qu’au Canada anglais, on a élu des politiciens francophones avec des accents et c’était assez bien accepté.

  7. Je te dirais oui et non. Étant au service à la clientèle d’une compagnie d’assurance pancanadienne, je dois parler en anglais fréquemment et parfois, ça semble « agacer » certains clients. Une seule fois par contre, on m’a demandé de transférer l’appel à un vrai anglophone! Plutôt insultant et c’est tout de même marquant… Mais sinon, en général, ça ne me nuit pas.

  8. Je suis d’accord avec Jean Poisson. Les américains se foutent pas mal des accents, j’ai des clients dans l’état de Washington, en Californie, Caroline du Nord et Géorgie avec la plupart qui ne m’ont jamais vu et mon accent n’a jamais rien changé. J’ai eu beaucoup plus de mal en France de 2000-2003 avec mon accent qu’au Etats-Unis.

    J’ai aussi des clients en Argentine et lorsque je parle en Espagnol mon accent est exécrable en plus de ne pas être un pro en espagnol c’est là que mon talents dans le domaine pour lequel on me m’engage devient primordiale.

    Si tu sais de quoi tu parles et que tu démontres de la confiance quand tu en parle l’accent bon ou mauvais ne change rien.

    Ne pas faire confiance à quelqu’un parce qu’il a un accent c’est purement une question d’ignorance. Et j’aimerais apporter une nuance aux commentaires de Samatha sur les Américains vs. Middle Eastern accent, ça dépend vraiment de de où au USA. Seattle par exemple àa cause de Boeing, Microsoft et Amazon pour ne nommer que les plus gros, ne démontre aucune rétissence de travailler avec des arabes, indiens, chinois etc. Microsoft est un exemple à suivre. Que tu sois punk, pot-head, incapable de parler anglais ou transexuel, si tu réponds au attente tu es le bienvenue.

    Excellent article Etienne merci.

    • Merci de ton commentaire Patrice. C’est cool de te lire ici.

      Les exemples américains que tu cites sont de grandes entreprises multinationales dont deux oeuvrant dans le web/informatique. Je pense que sur le fond tu as raison de dire que les compétences priment et qu’une majorité d’américain passeront par dessus l’accent. Par contre, il y a quand même un méchant paquet de PMEs aux USA qui oeuvrent dans des secteurs traditionnels et qui n’ont pas de visées internationales. Pour ces derniers, la question de l’accent peut prendre plus de place.

          • Hmm, peut-être, mais encore je serais moins porté à dire que c’est la majorité comme tu dis.

            Dans mes clients j’ai 2 compagnies de construction; Des bons vieux jobbeur à forte barbe, une compagnie d’électricité, une de déménagement un débosseuleur etc… Sérieux je n’ai jamais eu de mauvaise expérience flagrante même dans des secteurs hors TI. La chance qui sait? Mais comme j’essayais d’expliquer avec mon mauvais français, ça dépend surement des endroits. La côte ouest américaine est un endroit bien à part du reste des USA. Sujet pleins de paranthèses et guillemets.

  9. Oui, l’accent des politiciens francophones est généralement bien accepté (Jean Chrétien est un bon exemple…), jusqu’à ce que Stéphane Dion entre en scène. Tu aurais dû entendre ce qui se disait sur lui à la radio en C-B au sujet de son accent… Mais peut-on les blâmer?…

  10. Étienne, ton article me touche tout particulièrement parce que j’ai un accent en plusieurs langues 🙂

    Lorsqu’on parle d’accents et forcément d’interculturalité, je pense que la réussite d’une relation autant au niveau professionnel que personnel dépend beaucoup de l’expérience de vie de chacun. C’est ce qui forge notre perception sur les autres et détermine notre capacité à faire confiance et à inspirer confiance. L’ouverture d’esprit, on ne nait pas avec. Elle vient avec l’éducation et le vécu…

    Pour revenir à mon cas…j’ai un excellent niveau en français et espagnol, ce qui fait que je parle avec un accent mais les gens ont aucune idée d’où ça vient parce que c’est un mélange d’influences de plusieurs pays. En anglais ça se corse un peu mais j’assume 🙂 Normalement les gens réagissent bien et sont positivement impressionnés parce que je parle leur langue. Ensuite, pour aller plus loin au niveau affaires, peut-être qu’en étant « étranger » dans un pays, on a besoin de faire doublement nos preuves pour bâtir une relation. Comme Patrice le dit, si on est compétent et sérieux, l’accent ne devrait pas être un problème.

  11. @ tous

    Merci de prendre part à ce débat qui n’en est pas un en réalité. Vos réactions me rassurent et viennent confirmer ce que je pensais (mais que je n’ai pas toujours expérimenté surtout en début de carrière). Notre sérieux, nos connaissances, notre attitude et notre professionnalisme viendront largement compenser le côté agaçant que notre accent peut représenter pour certains anglos.

  12. Salut Etienne,

    Moi aussi j’ai lu le billet de Seth hier. J’apprecie habituellement son écriture concise et punchée. Par contre, j’avoue qu’il a généralisé trop vite en liant l’accent à la confiance. Certaines personnes sont plus méfiantes que d’autres.

    Bien entendu, un accent teinte le rapport interpersonnel qu’une communication verbale tente d’établir. C’est comme une étiquette qu’on pose sur quelqu’un au même titre que son apparence. Bien entendu, si on est au téléphone l’accent prend une dimension énorme, qu’il faut s’efforcer de minimiser et relativiser en toute bonne foi.

    D’autre part, la confiance et la crédibilité ne sont pas essentiels pour avoir du succès en marketing…Un exemple, si un vendeur de porte-monnaie itinérant sonne à ma porte et qu’il a des tatouages de tête de mort sur les bras et/ou des cicatrices dans le visage, je vais lui acheter son cossin sans hésiter…

    Tu vois, tout comme Seth, je suis plein de préjugés… Ce vendeur réussira avec moi car il aura su vaincre ce préjugé.

  13. Allo Étienne, j’ai également fait affaire aux États-Unis, j’ai même démarré des affaires là-bas. Jamais mon accent ne m’a causé préjudice. Comme tu as mentionné plus haut, je crois tout comme toi que c’est une question de contexte: Je suis plutôt certain que si nous avions été dans un domaine d’affaire relativement local, moins exposé à l’international (genre construction ou affaires municipales) nous aurions été moins bien perçu.

    C’est selon moi ce dont Godin fait référence, il s’interroge souvent sur ces petits détails qui définissent une tribu ou une appartenance à un groupe et à comment s’y insérer. Il considère le monde à la façon d’un américain et c’est très bien ainsi puisque c’est ce qu’il est. De temps à autre, il fait bon de se sentir réconforté en territoire connu… Cette sensation de proximité permet quelque fois une ouverture plus rapide et éventuellement des opportunités d’affaire…

    Je crois que nous faisons un peu tous la même chose… better the devil you know than the devil you don’t!

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